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C’était écrit dans le ciel : des écologistes, Greenpeace plus précisément, ont maintenant déclaré la guerre aux pêcheurs. Aux humains.

Arrivage de flétan aux Îles de la Madeleine, août 2009. Photo : Jean-François Noêl.

C’est n’est évidemment pas comme ça que la chose est présentée dans un article publié hier – le 5 février 2010, dans le quotidien Le Devoir,  hier, sous le titre «Loblaws ne vendra plus de poissons menacés. Greenpeace applaudit». Dans le discours, Greenpeace se targue plutôt de protéger les océans, en particulier en volant au secours des espèces de poisson menacées, comme le flétan, par exemple. Comment? En faisant pression sur ceux qui en vendent – et forcément en attisant la culpabilité de ceux qui en consomment – pour qu’ils cessent ces pratiques qui mettent en péril la survie de la planète. Je n’exagère pas. À preuve, cet extrait de l’article.

» Le groupe environnemental Greenpeace a salué hier la feuille de route que vient d’adopter Loblaw pour cesser la vente d’ici 2013 de tous les poissons menacés d’extinction, dont l’aiglefin et le flétan font partie. Le géant canadien de la distribution alimentaire répond ainsi aux demandes pressantes des écologistes, qui exigent depuis des mois que les poissons vendus au Canada répondent à des critères d’approvisionnement durable. Loblaw, tout comme ses concurrents, était régulièrement montré du doigt.

«Cette décision va dans la bonne direction pour les océans, a résumé hier Beth Hunter, coordonnatrice de la campagne Océans de Greenpeace. En effet, 90 % des grands poissons prédateurs ont déjà disparu de nos océans, et il est grandement temps de retirer toutes les espèces [menacées d'extinction] de nos tablettes.» Hier, cinq supermarchés Loblaws du Québec ont ouvert le bal en n’offrant plus à sa clientèle des poissons dits «à risque» et en l’indiquant clairement sur les étalages. Ailleurs au pays, d’autres supermarchés sélectionnés en ont fait tout autant. «Le but est d’éduquer les consommateurs sur les choix de poissons et fruits de mer issus du développement durable», a indiqué la compagnie par voie de communiqué, qui n’a toutefois pas détaillé la liste complète des poissons qu’elle souhaite à l’avenir retirer de ses tablettes.

Au total, 15 poissons et fruits de mer se retrouvent sur une liste rouge établie par Greenpeace, qui pointe ainsi les espèces dont les méthodes de pêche mettent en péril la survie à court ou à moyen terme. Les poissons d’élevage, quand ils font planer un risque pour l’équilibre écologique, sont aussi visés. La liste comprend l’espadon, la crevette tropicale, le flétan de l’Atlantique, la mactre de Stimpson, les pétoncles géants de l’Atlantique, le thon rouge et le saumon de l’Atlantique d’élevage. Entre autres

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Ces espèces sont-elles menacées? Sans doute. Est-il possible de les pêcher autrement qu’en en épuisant les stocks? J’en suis certaine. Je suis même convaincue qu’il se trouve, sur cette planète d’êtres humains, des hommes et des femmes qui se vouent à développer et mettre en oeuvre de telles pratiques. Et parmi eux, des PÊCHEURS, C’EST À DIRE DES ÊTRES HUMAINS – DES ENFANTS MÊME – DONT LA SURVIE DÉPEND DE CES POISSONS.

En faisant pression pour l’arrêt généralisé de la vente de ces poissons – sans nuance et distinctions des pratiques de pêche – ce sont ces êtres humains que certains écologistes condamnent à l’extinction.

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Mes nombreux séjours à Terre-Neuve et mes origines gaspésiennes ne sont pas étrangers à ma colère et surtout, à mon inquiétude devant les conséquences terribles de telles campagnes sur des milliers de personnes dont la survie dépend des ressources naturelles du sol, du sous-sol et des mers. En lisant cet article du Devoir, je n’ai pu m’empêcher de penser aux chasseurs de phoque, transformés en barbares sanguinaires par la Bardot et Sir Paul. Je n’ai pu m’empêcher de revoir les scènes de violence des chasseurs de chasseurs de phoque au large des ïles de la Madeleine et de Terre-Neuve. Et j’ai tout frais en mémoire ces propos d’un homme de Joe Batt’s Arm qui ignorait s’il allait prendre la mer vers la banquise le 1er avril pour chasser les phoques qui bouffent les morues. «Il y aura des phoques, mais pas de marché pour les vendre», a-t-il résumé.

En lisant cet article, je me suis aussi rappelée le roman Le parfum d’Adam de Jean-Christophe Rufin, paru en 2007 chez Flammarion.

Le parfum d'Adam. Jean-Christophe Rufin. 2007. Flammarion

Le médecin et écrivain y raconte l’histoire d’une jeune militante écologiste, fragile et idéaliste, qui participe à une opération commando pour libérer des animaux de laboratoire. Sur la quatrième de couverture de ce thriller de fiction qui n’en est pas une, il est écrit ceci : «La défense de l’environnement n’a pas partout le visage sympathique qu’on lui connaît chez nous (lire en France). Le recherche du Paradis perdu, la nostalgie d’un temps où l’homme était en harmonie avec la nature peuvent conduire au fanatisme le plus meurtier.»

Voici maintenant un extrait du compte-rendu d’une entrevue accordée par Jean-Christophe Rufin dans le cadre de l’émission Le Bateau ivre après la sortie de son roman.

«Selon Jean-Christophe Rufin, Le Parfum d’Adam n’est pas un roman d’anticipation : il décrit une réalité bien concrète. Rufin s’est inspiré, pour créer son héroïne, du canadien Paul Watson. Celui-ci s’est d’abord engagé aux côtés de Greenpeace dans les années 70, mais très vite, il s’est radicalisé et a crée Sea Shephered, association écologique très controversée. Son objectif est de lutter contre le massacre des baleines. Pour mener à bien cette action, on éperonne ou on saborde des navires baleiniers illégaux en pleine mer. Bref, on fait justice soi-même.

Rufin reconnaît qu’en France on a une vision de l’écologie très réformée, règlementée, idyllique. Mais aux Etats-Unis, on distingue différents courants : les humanistes qui veulent protéger la planète et les terroristes qui n’ont aucunes limites pour parvenir à leurs fins. Ces derniers pratiques une écologie radicale telle qu’elle a été pratiquée lors de son apparition, dans les années 20, à la même époque que les théories sur la pureté de la race. Jean-Christophe Rufin a voulu raconter une histoire décrivant un monde d’écologistes si amoureux des animaux qu’ils en arrivent à détester les Hommes.
Ce roman semble aller à contre-courant de ce qu’on peut voir actuellement sur les têtes de gondoles de nos librairies : non seulement il dénonce une certaine forme d’écologie, alors que ce thème a le vent en poupe, mais en plus, il alerte sur ses dangers puisque le FBI la considère comme la deuxième source de terrorisme mondial !»

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Loin de moi l’idée de comparer la campagne actuelle de Greenpace et ses méthodes à celles de Paul Watson. N’empêche, du flétan au hareng, de la crevette tropicale à celle de Matane, du Saumon d’élevage de l’Atlantique à celui du Pacifique (de Colombie-Britannique plus précisément), il n’y a qu’un pas… Que les bonnes consciences pourraient ne pas hésiter à franchir. Et de multiples dérives possibles, si le passé est garant de l’avenir.

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Mes excuses à Jean-François Noël pour l’utilisation non autorisée de sa magnifique photo de pêcheurs Madelinots publiée sur son tout aussi magnifique blogue Terre et Mer, à visiter absolument à l’adresse http://jfnoel.blogspot.com  et, en cliquant ici pour en voir plus sur l’arrivage de flétans, en août 2009.

Bon. C’était  fou ce projet de  récolter  25 000 milles Aéroplan dans les bacs verts afin de faire un aller-retour en avion entre Montréal, Québec et St-Jean,  Terre-Neuve pour y réaliser un reportage. Or, à coup d’entrées de NIP de 10 et 25 milles récoltés les mardis matin dans Rosemont avec Saku, le chien urbain et grâce à la complicité d’autres fous qui ont donné les NIP de leurs contenants de jus ou de céréales ou les ont, comme moi, récolté dans les bacs verts, ce projet fou s’est concrétisé.

Et, racontant ces collectes et ces récoltes, et ces voyages au passage, j »ai aussi franchi le cap des 10 000 visites en un an pour ce petit blogue publicisé, au départ, par un courriel expédié à une quarantaine de personnes. Certains, je dois le reconnaître, y sont venus une seconde. D’autres semblent s’y prélasser quelques minutes. Et quelques uns et unes y reviennent régulièrement.

Les statistiques de ce carnet – celles fournies par WordPress – ressemblent à ceci. Plus de 100 billets. Près de 70 commentaires. Et un minuscule nombre d’abonnés.

Après avoir déjoué les manoeuvres dilatoires de stationdejeuner – et pris mon envol à petit prix – j’ai cherché un nouveau PROJET qui pourrait stimuler ma plume.Écrire pour écrire, ce n’est pas mon genre. Comme journaliste, j’ai le souci de partager des connaissances, des faits et des réflexions sur des enjeux qui me tiennent à coeur. Même si parfois, ce partage porte sur de minuscules phénomènes de la vie qui bat ici bas.

Après moultes réflexions, j’ai décidé de poursuivre un nouvel objectif, encore une fois mathématique : franchir le cap des 25 000 visiteurs avant la fin de 2010. Et transformer 500 d’entre eux en abonnés. J’ai donc ajouté dans la colonne de droite une invitation à vous abonnez. Je vous invite à y aller d’un clic et à faire circuler auprès de vos contacts et proches.

Pouvez-vous m’aider? Pouvons-nous, ensemble, y arriver? Je fais le pari que c’est possible. Un pari qui n’a rien à voir avec le  sort de ce blogue et le mien.

Je parie que l’avenir du journalisme tient à la victoire de ce genre de pari.

Jeu de portraits volés  entre le photographe Michel Huneault et moi.  Lieu : Tilting, une communauté de l’île terre-neuvienne de Fogo.

Jacinthe Tremblay ne court pas. C'est le vent qui remue son foulard et les vagues sur les rochers. Photo : Michel Huneault

Michel Huneault ne fuit pas le vent qui fait rugir la mer. Il scrute la baie calme de Tilting. Photo : Jacinthe Tremblay

Une fois de plus. j’ai réalisé que si une journaliste de l’écrit pouvait voir, elle avait encore quelques compétences à acquérir pour faire voir en images.La fameuse balance des blancs , dont le photographe Martin Benoit serait un des as enseignant, selon Luce TG – nom d’artiste de ma repousse féminine -  n’y était pas.

J’ai, devant ce magma de bleu, tenté un amélioration avec l’application IPhoto de MAC. Avec ce résultat.

Michel Huneault croquant peut-être un fragment de mon lever de foulard dans le vent de l'océan entourant l'île terre-neuvienne de Fogo. Photo : Jacinthe Tremblay

Michel Huneault, croquant peut-être le lever de mon foulard dans le vent faisant rugir la mer autour de l'île terre-neuvienne de Fogo. Photo: Jacinthe Tremblay

Luce TG, voyant cette version corrigée de la photo précédente, a commenté qu’il y avait quelque chose là dedans.

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Quelque chose là-dedans. Je ne sais pas pour les photos. Mais je sais pour le moment. L’émotion devant l’infini beauté du monde. Devant l’histoire derrière les pierres tombales de ce cimetière. Devant le bruit infernal des vagues et du vent. Devant le calme de la baie de Tilting. Devant ce lever du jour dans la brume. Et devant le silence aussi. Le silence. Surtout.

Donner Aéroplan

Il est de ces jours où la Terre n’a pas de sens. Elle vire-volte et sème la mort. Ces jours-là, les rondes de bacs verts dans le Vieux-Rosemont en quête de milles aériens pour mettre le cap vers ailleurs n’ont plus de sens. Et puis, en naviguant dans le Cyberespace en quête de sens, on découvre qu’il pourrait peut-être y en avoir un. Pour soi, du moins.

Mon périple de quête de nouvelles m’a conduit, aujourd’hui, en ce lendemain et lendemains à venir d’horreurs en Haïti, vers le site de Médecins dans frontières. J’y ai trouvé un billet sur la situation dans ce pays. Un billet d’une très grande honnêteté qui dit qu’on ne sait pas. J’aime quand on avoue ne pas savoir. J’ai aussi vu, bien en vue sur la page d’accueil,  des nouvelles sur des situations catastrophiques au Burundi et au Congo. Autant de crises «oubliées».

Comme la crise humanitaire au Sri Lanka, qui a fait l’objet d’un photoreportage de François Pesant, à la une de l’Actualité la semaine dernière mais maintenant passé dans les archives…  François, en complicité avec la journaliste Lisa-Marie Gervais, rappelait, justement, que les victimes du tsunami faisaient partie des «oubliés» de l’aide humanitaire cinq ans après l’énorme mobilisation internationale qui a suivi le tsunami.

Les rescapés qui se trouvent encore dans des camps semblent oubliés du monde. « «Nous avons été abandonnés. Qui va nous aider à reconstruire nos maisons ?». Propos et photo recueillis par François Pesant, photojournaliste (francoispensant.com)

MSF, donc, est en action en Haïti, sans oublier les crises «oubliées». Voilà pourquoi j’ai versé les fruits de mes récoltes Aéroplan dans les bacs verts à MSF, avec la complicité de «Complice», il y a quelques minutes. Si peu. Si peu. Précisément  4460 milles Aéroplan pour permettre à ses médecins et autres précieux collaborateurs de s’envoler où ils jugeront qu’ils doivent atterrir.

Pour allonger leur banque, vos milles peuvent être versés à l’adresse : http://www1.aeroplan.com/use_your_miles/donate_miles.do

Plus d’un an après le lancement de ce carnet, je n’arrive toujours pas à comprendre comment vous y arrivez. Pas plus que je comprends pourquoi, soudain, certains billets se classent aux premières places des articles les plus consultés. Sinon que j’ai appris, un peu, les astuces des tags de mots-clés. Or, dans le cas précis du billet Lune filante sur nuit blanche (cliquer sur le titre pour lire le billet), j’ai fini par comprendre que sa présence au palmarès s’expliquait par des recherches sur Jacques Nadeau (cliquer sur ce nom et vous comprendrez pourquoi des internautes le cherchent) et/ou photographie. Or, la photo de Jacques Nadeau n’était pas dans le billet. La voici.

Lune filante sur nuit blanche (titre JT). Entre le Fleuve et le Marché Bonsecours, Montréal. Mars 2009. Photo: Jacques Nadeau

Merci JN. JT

À Brun0*

Autoportrait soleil levant et Penton-le-renard. Joe Batt's Arm, Fogo Island, Terre-Neuve. Janvier 2010. Photo : Jacinthe Tremblay

Quel temps fait-il à Terre-Neuve? Cette  question est revenue sans cesse dans mes échanges de courriel ou téléphoniques avec des proches de Montréal ou d’ailleurs pendant mon récent séjour dans ma Neuve Terre.  «C’est l’été!», a rigolé  le matin de mon départ de Fogo Island, le 7 janvier 2010, un parmi les milliers de Penton de  Joe Batt’s Arm, sur l’île de Fogo. Il exagérait bien évidemment côté météo, tout comme je gonfle indûment le nombre de Penton de Joe Batt’s, une communauté qui compte quelques centaines d’âmes, au plus. N’empêche, le temps qu’il faisait là, ici, comme ailleurs, était, je dirais, curieux.  Pas de neige en janvier, c’était du jamais vu pour les vieux de la place. Quant aux Penton, ils sont très nombreux à Joe Batt’s Arm. Et, ce qui est le plus étonnant, ils ne sont pas tous frères et soeurs, ni même cousins et cousines.

Quand j’ai conversé avec le Penton qui constatait, ce matin là, que l’hiver est à l »envers, je revenais d’une ballade de prospection de caribous amorcée aux aurores, puisque c’est aux aurores que, les jours précédents, On (j’ai appris à l’école primaire que On, c’est à peu près tout le monde, une sorte de Nous qui exclue la personne qui parle) en avait aperçu 20, 50 et même jusqu’à 200 dans les environs de l’aire de jeux d’enfants, au bout d’une voie publique nommée, je dirais,  Penton. Léo (Penton) allait même jusqu’à dire que si je n’en voyais aucun lors d’une marche aux aurores, j’en verrais certainement le lendemain.   Était-ce un pieux mensonge pour m’inciter à rester plus longtemps sur l’île? Ce serait de bonne guerre. Toujours est-il que le 7 janvier 2010,  aux aurores, aucun caribou ne s’est montré le bout du museau au bout de l’artère sans doute nommée Penton.

Une faune différente m’attendait toutefois sur la route. M’attendait-il au fait, ce renard quasi domestique? Chose certaine, Penton – pourquoi pas? -  m’épiait depuis plusieurs minutes quand il s’est rapproché puis a fait quelques pas devant moi, révélant ainsi sa présence et amorçant, du même coup, un petit jeu de «devine où je suis» auquel il s’est livré pendant une bonne trentaine de minutes. Dès que  ce Penton a eu la certitude que j’étais consciente de son existence, il a tôt fait de disparaître derrière un muret de pierre. Juste avant de se soustraire à mon regard, il s’est arrêté quelques instants et il m’a regardé à la manière de Saku lorsqu’il entre dans sa zone de fugue. J’ai alors cru ne plus jamais le revoir. Erreur, il se préparait à ressusciter une centaine de mètres plus loin, bien en vu sous un lampadaire. Il a alors fait mine de m’attendre, comme s’il était disposé à poursuivre la marche à mes côtés. Au pied? Comme un bon chien? Nenni. Quand je suis arrivée  à quelques mètres de lui, il s’est rapidement mais tout en douceur dirigé vers des ombres protectrices.  J’ai eu le temps d’aller au bout de la route constater l’absence de caribou(s), fumer une cigarette en regardant la lune et les étoiles se refléter dans l’eau calme de la baie de Joe Batt’s Arm puis de prendre le chemin du retour vers la maison avant de voir Penton-le-renard faire à nouveau irruption, cette fois, à moins de deux mètres de moi. Il s’est alors mis en position couché-prêt-pour-le-jeu que prend parfois Saku quand il voit un chien ami entrer dans l’enclos canin du parc Lafond, à Rosemont. Je n’ai même pas osé penser que je pourrais m’approcher de lui au point de le cajoler.

Je suis tout simplement demeurée immobile, en silence. Et c’est alors qu’il m’a honoré d’un long moment de mouvements circulaires, là, sous mes yeux et à mes pieds. Je me suis imaginée qu’à sa manière, il dansait pour moi. Et j’ai aussi espéré qu’il m’accompagnerait pour le reste de ma route. Je me trompais, bien sûr. Un renard, même s’il a des allures de chien, demeure, fondamentalement, une bête sauvage assoiffée, par dessus tout, de liberté.

Il a ensuite poussé la confiance et la complicité jusqu’à me laisser le prendre en photo.  Même le clic ne l’a pas fait fuir. Il savait sans doute déjà que les images de lui que je pourrais glaner seraient, au mieux, impressionnistes. Il pourrait donc préserver un certain mystère sur son identité tout en me permettant de faire la preuve de notre rencontre.

Penton-le-renard, Joe Batt's Arm, Fogo Island, Terre-Neuve. Photo : Jacinthe Tremblay

Quelle serait la morale de cette histoire vécue, selon Jean de la Fontaine, lui qui en a tant puisé chez les renards, justement? Je n’ai pas cherché à le savoir. J’ai trouvé la mienne.

Certains êtres humains sont, comme les renards, impossibles à domestiquer. Au sens de perdre leur liberté pour se plier aux diktats, et même aux désirs légitimes de rapprochement, d’autres êtres humains. Ils se rapprochent pour autant que l’on respecte ce qu’ils sont. Au risque même d’en crever. De faim et de solitude. C’est leur choix. Rien à faire. Sauf apprécier les moments rares pendant lesquels ils dansent pour nous. Et même ceux pendant lesquels, faisant mine de fuir, ils se préparent à ressurgir encore plus près. Si nous gardons le silence et demeurons immobiles. Alors là, ils danseront peut-être encore. Et se laisseront prendre en photo. Pour laisser une preuve que notre récit n’est pas une fable, mais la trace de beaux moments.

Penton-le-renard dansant soleil levant, Joe Batt's Arm, Fogo Island, Terre-Neuve. Photo : Jacinthe Tremblay

Écrit en partie à Terre-Neuve et après mon retour à Montréal, janvier 2010.

* J’ai commencé l’écriture de ce texte avant d’apprendre le décès de Bruno Roy. Vous pourrez en apprendre plus sur le personnage public qu’était Bruno en consultant le lien précédent. De toutes les morts qui ne cessent de défiler à la Une des médias depuis quelques semaines (Falardeau, Carle, etc.), c’est celle de Bruno qui m’a le plus touchée. Je me permets le Bruno parce qu’au fil de plusieurs années de rencontres formelles et informelles de co-membership au conseil d’administration de Copibec (la Société québécoise des droits de reprographie), Bruno était devenu mon ami. De combat pour le respect du droit d’auteur. Mais surtout d’affection. De ces gros et si bienfaisants HUGS, sans équivoque, entre un homme et une femme.

Notre dernier HUG, c’était pendant le Moulin à paroles, sur les Plaines d’Abraham, en septembre 2009.  Écrire, comme une écrivaine. Il visitait ce petit site quant je l’invitais à le faire. Et il m’avait dit aimer que peu importe ce que j’écrivais, y compris des articles pour La Presse AFFAIRES, il y avait toujours un côté social dans mes articles. Nous avons rigolé de mon passage de journaliste à la UNE à blogueuse. Et il m’avait alors encouragé à poursuivre mes récits de voyage et m’avait même suggéré un éditeur. Après notre rencontre au Moulin, je lui avais envoyé un courriel :

Bonjour Bruno,

je t’ai revu hier avec un immense plaisir. J’espère qu’il y aura d’autres occasions de rencontres. Ou nous les provoquerons. Je te renvoie le lien avec mon petit blogue. http://neuveterre09.wordpress.com. Tu peux aussi y accéder par, plus simplement – www.jacinthetremblay.com

J’ai écrit trois textes sur le Moulin. Un avant et deux depuis.

Et par la magie des nuages de mots-clés, tu pourras aussi aller te balader à Terre-Neuve… Ils font partie de ce que vois de plus en plus comme des segments de carnets de voyage que j’y publie depuis janvier dernier, entre des histoires de chien urbain et de récoltes de milles aériens.

Au plaisir

Jacinthe

Le texte que je portais particulièrement à son attention était celui-ci. Son titre est : « Au refus global, nous opposons la responsabilité entière».

Quelques heures plus tard, le le 15 septembre 2009, j’ai reçu ce courriel.

Jacinthe,

Viens de lire tes commentaires liés à l’événement qui est devenu un avènement de la parole. Je partage entièrement ton point de vue.

Bravo.

C’est, et ce sera, ma dernière rencontre avec Bruno. Mais quand j’ai appris sa mort, j’ai imaginé qu’il avait glissé ailleurs, doucement, pendant que je regardais la lune et les étoiles, à Joe Batt’s Arm, Fogo Island, Terre-Neuve, le 7 janvier 2010. Et que j’écrivais déjà, dans ma tête, ce segment de carnet de voyages qye fut ma rencontre avec Penton-le renard, la bête sauvage délicieuse qui a dansé pour moi, cette nuit de son grand départ.

Trahison, infidélité, cruauté? Choississez l’insulte. Vous ne trouverez jamais pire que celles lancées dans le dernier regard de Saku avant mon départ, hier, pour St.John’s. Mon chien urbain, quelquefois aérien, a bien compris au cours des derniers jours que sa maîtresse prendrait le large. Sans lui. Que des vêtements et des appareils électroniques dans mes bagages, constatait-il. Soupçonnait-il, ce qui ne m’étonnerait pas, que j’irais en plus partager ma vie pour quelques jours avec un chat? Qu’il connaît en plus, sans l’avoir jamais vu?

C’est que l’été dernier, Saku et Grostaski* ont pendant deux semaines joué à chien et chat. Lui, à l’étage, et lui, au rez-de-chaussée d’une petite maison avec vue dans le quartier The Battery, à St-Jean de Terre-Neuve. Pendant leur cohabitation, Saku et Grostaski n’ont jamais été en présence l’un de l’autre. Mais Dieu qu’ils épiaient, de tous leurs sens, tous leurs faits et gestes.

Cette fois, Saku est demeuré à ma résidence de Rosemont. Grotaski, quant à lui, est assigné à résidence dans la maison de ses maître,  pour cause d’infection urinaire qui ne peut se vaincre que par la dégustation de deux pilules par jour, matin et soir. Or, comme la durée de ses rondes de matou dans les recoins de The Battery sont imprévisibles, je résiste fermement à ses miaulements lancinants en direction de la porte de la terrasse. Monsieur reste donc avec moi et ses chants, d’abord stridents et revendicateurs  se transforment, par lassitude peut-être, en de puissants ronronnements, quelques frôlements bien sentis de sa maîtresse d’occasion et une descente au rez-de-chaussée, pour aller se blotir dans le lit de ses vrais maîtres.

* Grostaski?

Grostavsky?

En fait, ce n’est peut-être pas le nom de mon protégé. Groslaski? Grostoski? Grotovski? Toutes ces options sont possibles. Chose certaine, il y a le son gros et quelque chose comme un jeu de mot avec Grotowski.

J’ai décidé qu’il s’appelait Grostavski, comme dans – je m’en excuse – Gros tas – v (comme dans le w du metteur en scène russe ) et ski, comme dans le sport. De toute manière, il ne répond qu’aux appels des croquettes. Et il s’appelerait Zorro, Rembrant ou Mickey Mouse, je l’aimerais bien quand même.

Oui, le temps des Fêtes est souvent blanc à St-Jean de Terre-Neuve. Mais ce n’est ni à cause du froid et de la neige. En ce petit matin de fin décembre 2009, c’est le brouillard qui s’en charge.

À Léo.

Levers de soleil sur l’infini

«Y a pas d’vue!», a décrété mon père Léo avant d’entrer dans le logement que je venais d’acquérir dans le Vieux-Rosemont, à Montréal, en 2001. Sur le balcon avant, il avait vainement tenté de déceler un coin de montage, un soupçon de forêt, un terrain vague, à défaut d’un champ… Il ne voyait que des habitations de trois étages, collées les unes sur les autres, formant, à ses yeux, un mur de brique.

J’ai protesté, vantant les charmes des escaliers en serpentin et des détails architecturaux des habitations de mes voisins. J’ai souligné les avantages de vivre à proximité de la rue Masson, une véritable artère commerciale de quartier, où l’on peut tout trouver, même un ami. Et la présence, à quelques minutes de marche, de beaux parcs et du Jardin botanique. Je lui ai aussi rappelé que j’avais la chance inouïe d’avoir une cour, à l’arrière.

Après avoir traversé le logement pour inspecter cette fameuse cour, Léo a émis un autre verdict assassin : «Le terrain est croche!». J’ai encore une fois rouspété. «Ben voyons donc¡ Le terrain n’est pas croche, il est en pente. C’est rare à Montréal de vivre sur une colline. J’adore ça!».

«Tanr mieux pour toi si tu aimes ça», qu’il m’a dit, regrettant déjà d’avoir jeté des ombres sur mon enthousiasme. Le mal était fait. Ses remarques avaient réveillé mon plus grand regret immobilier.  Si, en choisissant de vivre dans la Métropole du Québec,  j’ai fait sans peine le deuil de posséder un jour une maison à trois étages, je supporte beaucoup plus difficilement l’étroitesse de l’horizon qui est depuis mon lot quotidien. Difficile, en effet, de renoncer à ces «vues» qui ont nourri mon enfance et mon adolescence, dans la Vallée de la Matapédia, et mon entrée dans l’âge adulte sur les bords du Saint-Laurent, à Rimouski.  Quand on a grandi entre deux chaînes de montage, avec des bruits de rivière comme berceuse et un lac immense comme piscine, la quête de «vue», dans la définition qu’en avait mon père,  est inscrite dans son ADN.

Ma maison paternelle, Sayabec, Vallée de la Matapédia au Québec.

Je n’ai jamais réussi  à faire comprendre à mon père qu’en acquérant un modeste logement sans «vue», dans un quartier de Montréal qui, en 2001, n’était pas encore frappé par la spéculation immobilière, je créais l’espace nécessaire dans mon budget pour m’offrir, et à petit prix,  les plus belles vues de la planète. Depuis 2001, j’ai donc arpenté les sentiers du Paradis bohémien, à la frontière entre la République tchèque et la Pologne; j’ai marché dans les forêts humides du Costa Rica; j’ai plusieurs fois regardé la mer en marchant sur le Malecon, à la Havane; j’ai fait des sauts de puce et des séjours plus long dans les déserts du Nevada et de Californie… Zabriskie Point… La Vallée de Panamint…

Mon premier lever de soleil à Zabriskie Point, Vallée de la mort, Californie, février 2007. Photo : Jacinthe Tremblay

Je suis retournée des dizaines de fois dans ma Vallée natale, chaque fois touchée par la majesté du Fleuve, des Chic-Chocs et des Appalaches, ces chaînes de montagnes qui ont été mon terrain de jeu jusqu’à 18 ans. Depuis le dernier souffle de Léo, pendant un magnifique coucher de soleil, le 22 avril 2008, j’ai fait de Terre-Neuve ma «neuve terre», celle où je me gave de grandes eaux, de montagnes et d’horizons infinis. D’une certaine manière, j’ai le sentiment de respecter sa vision de la «vue», à la puissance mille.

En 2009, à la faveur du boulot, j’y ai séjourné plus de deux mois, entre Fog, rochers et autres beautés.

***

Mon choix immobilier de 2001 a donc eu les effets escomptés. Je remplis, le plus souvent possible par des voyages avec «vues», l’espace laissé dans mon budget par l’acquisition d’une propriété abordable. Et si je peux me permettre ces escapades fréquentes, c’est aussi grâce à un autre legs de mon père : un souci de tous les instants d’étirer le dollar par une saine gestion des revenus et dépenses.  Et en tirant profit, allègrement, de toutes les offres, même celles qui semblent les plus farfelues, des concepteurs du programme de fidélisation Aéroplan.

C’est ainsi que dans quelques heures, je m’envolerai à nouveau vers St.John’s, Terre-Neuve, grâce  à des milles aériens récoltés dans les bacs de recyclage du Vieux-Rosemont, depuis 2007.  Cet exploit, je le dois, je crois, à un autre ingrédient inscrit dans mon ADN : la capacité qu’avait ma mère, une Montréalaise, de «voir» et d’apprécier les multiples splendeurs des environnements densément peuplés. Et j’ai exercé cette habileté avec une intensité accrue depuis l’arrivée d’un chien dans ma vie, en juillet 2002.

***

À Thérèse

et chien urbain

Il s’appelle Saku et il partage ma vie, depuis bientôt six ans, pour le meilleur et trop souvent pour le pire. Mes promenades quotidiennes avec ce  diable d’animal, proche descendant du loup carnassier, m’ont permis de découvrir avec ravissement les moindres détails des infrastructures et aménagements urbains de Montréal, ceux du Vieux-Rosemont en particulier. Je me suis, à maintes reprises, nourri de la beauté des levers de soleil au-dessus des toitures des logements ouvriers centenaires de mon quartier d’adoption.  Je ne cesse de me délecter à la découverte des vitraux qui ornent encore plusieurs fenêtres de mon quartier ainsi que des sculptures de castors et feuilles d’érables, entre autres, qui agrémentent certaines façades de brique des environs de ma résidence.

Mes marches avec mon chien urbain m’ont aussi rapproché des humains qui m’entourent, transformant ce coin de ville en village. Je ne compte plus les visages connus et reconnus au fil des mois de promenade au bout de la laisse; de leurs sourires complices et, parfois même de leurs confidences. Tout comme je ne cesse d’additionner les nouvelles et belles connaissances – les nouvelles amitiés même – tissées lors de mes fréquentations d’enclos canins, à Rosemont et à Outremont.

C’est aussi grâce à ce devoir de maîtresse d’un chien urbain que j’ai constaté, un mardi matin d’avril 2007, que je pouvais récolter des milles aériens dans les bacs verts. Je me suis donc joint à la confrérie des glaneurs urbains qui, en 2009, a vu croître de façon table le nombre des glaneuses de l’Âge dit d’or.  Elles, ces nouvelles collègues de rondes de bacs du mardi matin, fouillent visiblement dans les matières recyclables pour arrondir leurs fins de mois. Peut-être pour manger. Moi, je me livre à l’exercice pour m’emvoler vers des «vues» de grands espaces et d’horizons infinis. Quelle chance, tout de même!

Dans mes rondes de bacs, j’ai récolté beaucoup plus que des milles aériens. J’ai exercé ma sensibilité à  déceler  l’humanité au-delà de l’anonymat des villes. Cette autre vision des «vues» est également inscrite dans mon ADN. C’est un legs de ma mère Thérèse, Montréalaise de naissance et infirmière-travailleuse sociale avant de devenir, en prenant mari, une Matapédienne d’adoption.  C’est en visitant mes grands-parents, à Ville-Émard, que j’ai entendu parler l’anglais pour la première fois, aperçu mes premiers Noirs, eu mes premiers contacts avec des Chinois et des Italiens, et aussi, découvert les gratte-ciel, l’art contemporain – Pellan – et constaté que l’on pouvait se déplacer en commun. Depuis, je vois aussi les villes comme des espaces ouverts sur l’infini.

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Avant de m’établir à Montréal, à 20 ans, j’adorais ces paroles de la chanson les Gens d’en Bas, de Gilles Vigneault. «On est d’en Haut ou bien d’en Bas, quand on voyage on apprend ça.». Je sais maintenant que «Je suis d’en Haut et d’en Bas». En voyageant j’ai appris ça… Et c’est sans doute pourquoi j’ai décidé d’utiliser le billet d’avion de mes rondes de bas verts pour aller passer le cap de l’an 2010 à St-John’s, Terre-Neuve. C’est que là, on peut à la fois vivre sa ruralité et son urbanité, avec, en prime, la compagnie d’un chien urbain.

Vue de Saint-Jean de Terre-Neuve depuis Signal Hill. Août 2009. Photo : Jacinthe Tremblay

27 décembre 2009.

Recette urbaine 2009

Lors de mes courses des derniers jours en prévision de Noël, j’ai constaté que le cadeau «fait maison» était très tendance. Je ne compte plus le nombre de pots de verre destinés à accueillir des confitures aux alcools exotiques; des pâtés de cailles, de faisans et autres oiseaux singuliers en attente de traitement par des caissières. Les suggestions de délices «faits maison» – vite fait, il va sans dire – pullulent dans toutes les émissions de service.

Ayant moi-même succombé à cette tendance lourde, j’ai donc cherché un mets vraiment original à présenter à mes complices de Réveillon. Et j’ai trouvé ceci : ULTRA tendance. IMPOSSIBLE DE TROUVER PLUS LOCAL ET RESPONSABLE   : la bestiole à la base de cette recette se retrouve en abondance dans les villes. Elle vient d’ailleurs régulièrement narguer Saku sur mon balcon. Comme rien n’est parfait, sachez toutefois qu’il est illégal de la chasser en vertu des lois canadiennes. Si vous ne craignez pas les foudres des agents de conservation de la faune, osez donc ce mets pour terminer en beauté l’année 2009.

ECUREUIL AU VIN BLANC

2 à 4 écureuils

1 tasse de consommé

1 tasse de vin blanc

1 oignon moyen émincé

1/4 de c. à thé de romarin

1 c. à soupe de persil émincé

1 c. à thé de sel

1/4 de c. à thé de poivre

2 oeufs battus

1 tasse de farine de maïs

1/4 de livre de beurre

1 gousse d’ail

1- Porter à ébullition le consommé, le vin blanc, l’oignon, le romarin, le persil, le sel et le poivre.

2- Couper les écureuils en portions individuelles et les plonger dans le liquide bouillant. Couvrir et laisser mijoter pendant 10 minutes. Retirer les morceaux d’écureuil et laisser mijoter le bouillon pendant 30 minutes.

3- Rouler les morceaux d’écureuil dans l’oeuf battu et ensuite dans la farine de maïs. Laisser reposer dix minutes et recommencer l’opération, dans les oeufs et ensuite dans la farine de maïs.

4- Fendre la gousse d’ail en deux et la faire dorer dans le beurre. La retirer et ensuite faire dorer les morceaux d’écureuil dans le beurre à l’ail, à feu lent, de 20 à 30 minutes ou jusqu’à ce que les écureuils soient tendres.

5- Pour faire la sauce au jus de cuisson, ajouter 2/3 à 1 tasse du consommé au mélange de viande. Remuer à feu lent jusqu’à ce que le tout épaississe légèrement.

Recette dénichée dans la première édition de l’Encyclopédie de la cuisine canadienne, Jehane Benoit, 1963.

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Jehane Benoit.

Quand les organisateurs du Moulin à paroles ont annoncé qu’ils avaient retenu un texte de Jehane Benoit dans la liste des oeuvres qui seraient lues lors de cet événement, plusieurs commentateurs ont tourné ce choix en dérision.  C’était bien mal connaître l’apport de cette femme d’exception à l’ouverture du Québec sur le monde. des saveurs et plus encore. Dans l’extrait de son oeuvre lu pendant cet événement, elle offrait aux habitants de la basse côte nord du Québec une recette de loup marin – phoque – destinée à suppléer à la baisse drastique des stocks de poisson. Le mets pouvait être préparé avec quelques légumes cultivables dans cette région nordique aux étés très courts.

La première édition de son Encyclopédie, en 1963,  a fait le bonheur de milliers de femmes qui découvraient de nouvelles façons d’apprêter les ingrédients les plus simples et surtout, les principes de l’art culinaire.  Je me rappelle encore l’engouement créé par sa diffusion à l’épicerie de Dominique Leblanc, à Sayabec, où j’accompagnais ma mère. Elle, comme mes tantes et ses amies, attendaient avec impatience sa livraison au fil des semaines, chapitre par chapitre, cette année-là. De retour de leurs courses, elles entraient ses nouveaux arrivages dans une reliure rigide.

Encore aujourd’hui, cette édition de 1963 demeure un de mes livres de cuisine de référence. Elle a, avec les ans, les déménagements et la proximité de la farine, perdu une partie de sa couverture rigide et de sa table des matières. Je persiste toutefois à la garder comme un trésor, la préférant même à la plus récente Nouvelle encyclopéfie de la cuisine canadienne, parue en 1981, héritée de mon père.

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Mon bonheur que  Jehane Benoit ait été choisie parmi les auteurs mis en valeur lors du Moulin à paroles tient donc à la place qu’occupe ce livre dans ma vie, mais  aussi, à son parcours personnel, comme en témoignent ses notes biographiques dans  l’Encyclopédie Wikipédia : «Fille de Marie-Louise Cardinal et d’Alfred Patenaude, homme d’affaires québécois, elle vit sa jeunesse à Westmount, un milieu luxueux. Elle est instruite au couvent du Sacré-Cœur et fréquente les familles anglophones montréalaises. Dans les années 1920, refusant la vie stéréotypée de ce milieu bourgeois, Jehane Benoît parvient à s’inscrire dans un pensionnat à Paris : le Cordon bleu. De retour au Québec, elle refuse de se plier aux conventions de l’époque et obtient d’étudier à la Sorbonne, où elle reçoit un diplôme comme chimiste en alimentation en 1925. Elle travaille notamment aux côtés d’Édouard de Pomiane, auteur d’un important livre de la gastronomie : Bien manger pour bien vivre. Parallèlement, elle assiste à différents spectacles mettant en vedette Édith Piaf et Colette. Elle en sort marquée par la culture européenne.

De retour au Québec, elle ouvre une école de cuisine laïque et bilingue (anglais et français) à Montréal : le Fumet de la Vieille France, qui connaîtra un bon succès (8 000 étudiants pendant ses quatre premières années). De 1935 à 1940, il est l’un des premiers restaurants au Canada à se spécialiser dans la cuisine végétarienne avec son (en) salad bar.

Vers la fin des années 1930, elle quitte son premier époux et tombe amoureuse de Bernard Benoît, son cadet de 13 ans qui fréquente les HEC à Montréal. Ils se retrouvent après la Seconde Guerre mondiale et, malgré la séparation vécue, ils sont toujours amoureux l’un de l’autre. C’est seulement en 1964 qu’ils se marient, suite au décès du premier mari de Jehane. Bernard Benoît, formé en administration, l’épaulera tout au long de sa carrière.

Au début des années 1950, elle entreprend la rédaction de livres de recettes. Publiés en français et en anglais, on y retrouve différents sujets : l’aliment, sa chimie, son histoire et son usage, des méthodes de cuisson, le choix des instruments, etc.

En 1956, les époux acquièrent une ferme à Sutton dans les Cantons-de-l’Est. Ce sera pour elle un lieu bucolique dédié à la cuisine. Cependant, à cette époque, son conjoint vit une liaison avec une autre femme, duquel il aura un enfant. Éventuellement, Jehane Benoît acceptera l’infidelité de son mari au point de recevoir cet enfant chez elle.

Dans les années 1960, elle se fait connaître dans le Canada anglais par sa participation à l’émission Take 30 de CBC. Au fil des ans, on la voit apparaître dans maintes publicités, tant à la télévision que dans des magazines. Elle participe aussi aux Femmes d’aujourd’hui, Les Marmitons, Bonjour Madame et The Young Chiefs (à CBC).

Son succès médiatique attire l’attention d’entreprises oeuvrant dans le domaine alimentaire. Elle signe des livres pour les fabricants de la bière Dow ou du riz Dainty et elle travaille pour le compte des Supermarchés Steinberg. En 1975, elle publie Madame Benoît’s Microwave Cook Book, traduit en français en 1976 sous le titre La Cuisine micro-ondes. Elle contribue ainsi à promouvoir la cuisson au four à micro-ondes. La compagnie Panasonic la met à contribution pour raffiner ses produits. En 1985, elle entreprend la publication en six volumes d’une encyclopédie de la cuisine micro-ondes.»

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Son écureuil au vin blanc ne vous fait pas saliver? Voici un des menus de Noêl de son Encyclopédie (édition 1963) :

Réveillon de Noël aux hors-d’oeuvre

Menu : Pâté éclair avec pain français. Trempette à l’indienne. Tartelettes florentines. Olives à la Sévillane. Noix de Grnoble épicées. POrc-épic aux raisins.

Détails en pages 949 et 950.

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Pour en savoir plus sur le Moulin à paroles, vous pouvez aussi relire mes billets sur cet événement, en cliquant ici.

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